Diesel : vers une mort programmée ?

Article écrit par Thomas AGOSTINI, Consultant, membre de la BCOM Automobile & Transport de personnes chez Beijaflore Digital.

Plébiscité durant de longues années sur les marchés Européen et Français en particulier, le diesel a longtemps su tirer parti d’une consommation faible, d’un prix à la pompe avantageux par rapport à l’essence et d’une image de fiabilité qui s’est développée autour des moteurs fonctionnant avec ce carburant.

Cependant, si le diesel offre aujourd’hui encore un niveau de consommation plus raisonnable que l’essence, son image s’est fortement dégradée en raison de ses rejets d’émissions polluantes. Ce phénomène a été accéléré par la révélation du Dieselgate en 2015, ayant entraîné la mise en place de contrôles anti-pollution renforcés, des normes européennes en matière de limitation de rejets de C02 ambitieuses poussant les constructeurs à renforcer et développer de nouveaux systèmes de dépollution coûteux des motorisations diesel.

L’évolution de la part de marché du diesel étant depuis en déclin, plusieurs constructeurs, à l’image de Toyota ou Honda, ont annoncé vouloir supprimer le diesel de leur gamme de véhicules à court et moyen terme. Le surcoût lié à la dépollution des moteurs diesel a encouragé la plupart des constructeurs à cesser de proposer ce type de motorisation sur leurs citadines. De plus, la tendance actuelle est à l’électrification des gammes de véhicules afin de limiter considérablement les rejets de C02 émis à l’échelle européenne. Cette transition est d’autant plus nécessaire que de nombreux États membres de la Commission Européenne ont annoncé leur volonté de mettre fin à la commercialisation de motorisations thermiques à l’horizon de 2040.

Beijaflore compte parmi ses clients les deux acteurs français du secteur automobile, lesquels adaptent leurs offres à cette transformation du marché. L’objectif est d’être cohérent avec l’évolution technologique d’une part, et de proposer des outils pertinents pour capter – ou fidéliser – des clients d’autre part.

 

MOTORISATIONS DIESEL : D’UNE DOMINATION A UN RECUL PROGRESSIF DES VENTES SUR LES MARCHES FRANÇAIS ET EUROPÉENS

  • Un carburant longtemps plébiscité sur le marché français

Aujourd’hui encore, la France figure en tête de liste des pays Européens en termes de ventes de véhicules diesel particuliers. Cette particularité du marché français, bien que ralentie par l’affaire du Dieselgate (2015) et par une diabolisation de ce carburant en ayant découlé, remonte à plusieurs décennies.

A partir de la fin des années 1960, entreprises et particuliers en France se sont tourné vers le diesel pour de nombreuses raisons. Plus économes en consommation de carburant, les véhicules diesel permettaient et permettent encore aujourd’hui de bénéficier d’un prix du carburant à la pompe plus avantageux grâce à un niveau de taxation plus faible que celui mis en place sur l’essence. En achetant des flottes de véhicules diesel, les entreprises ont eu la possibilité de récupérer 100% de la TVA pour les véhicules utilitaires et 80% pour des voitures de tourisme, alors qu’aucune récupération n’était possible pour des véhicules essence. Les ventes de véhicules diesel ont rapidement progressé, incitant les constructeurs français à se spécialiser dans ce type de motorisation.

Si en 1980 seulement 8,4% des voitures roulaient au diesel, cette part de marché a évolué vers 68% au 1er janvier 2015, soit 8 mois avant la révélation du Dieselgate. En 2015, la part de véhicules utilitaires diesel en France a dépassé les 90%, pour environ 62% des véhicules privés

 

Source : évolution des ventes de voitures diesel (exprimée en %), Le Figaro.fr

 

Toutefois, victime de mauvaise presse, le diesel a vu la part de ses ventes reculer significativement ces dernières années. Ainsi, en 2010, si 70% des nouvelles immatriculations concernaient des véhicules diesel, ce chiffre est passé à 58,7% sur le premier semestre de l’année 2015.

Malgré un ralentissement incontestable des ventes sur le marché national, la France figure toujours parmi les pays européens où le diesel reste le carburant majoritairement choisi. Avec 58,7% de son parc automobile composé sur l’année 2015 de véhicules fonctionnant au gasoil, la France dépassait alors la moyenne européenne établie à 52%.

 

  • Un carburant également très représenté à l’échelle européenne

En comparant la situation de pays tels que l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni à la France, il apparait qu’une forte progression des ventes a également eu lieu entre les années 90 et 2000, période durant laquelle les moteurs diesel ont vu leurs spécifications techniques évoluer fortement. Une des évolutions majeures de ce type de motorisation, le filtre à particules, a été lancée en 2000 par PSA pour permettre de retenir une grande quantité de particules fines.

Si la part de voitures diesel était seulement de 3% en 1990 sur l’ensemble du parc européen, elle est passé à 37% en 2015, soit 13 fois plus. En analysant la part de marché de ce carburant par pays, c’est en Suède que celle-ci a le plus progressé entre 2005 et 2015, passant ainsi de 5,2% à environ 30%.

Les avantages offerts par les motorisations diesel ont entraîné une augmentation constante de leurs ventes sur le marché européen, qui a enregistré une véritable baisse pour la première fois en 2015. Depuis cette date, les motorisations essence, en recul depuis de nombreuses années, connaissent un regain d’intérêt.

Si la politique tenue par les grandes agglomérations européennes incite la population à renoncer à un véhicule diesel, notamment avec une vignette Crit’Air désavantageuse ou encore la prise de mesures visant à bannir cette motorisation des centre villes, la progression des ventes de véhicules essence découlant de ce phénomène a entraîné une hausse des émissions de CO2 en Europe.

 

Source : évolution du parc et des immatriculations entre essence et diesel, Fiches-auto.fr

 

À niveau de puissance équivalent, un moteur essence rejette environ 20% de C02 de plus qu’un moteur diesel. Dans le même temps, les moteurs diesel sont aujourd’hui mal perçus pour leurs rejets d’oxydes d’azote (NOx). En France, le malus écologique sur les véhicules neufs étant calculé à partir des rejets de CO2, les véhicules essence se retrouvent avec un malus bien supérieur à celui d’une motorisation diesel équivalente, entraînant de la confusion chez les acheteurs.

D’après l’Agence Européenne de l’Environnement, les émissions de CO2 des voitures neuves ont augmenté de 1,6% en 2018 en Europe, et sont en augmentation pour la deuxième année consécutive, alors que la part de marché des diesel est en baisse. Cette situation arrive après une baisse de 22 g/km de CO2 relevée entre les années 2010 et 2016 sur le marché européen toutes motorisations confondues.

 

UNE PART DE MARCHE DES MOTORISATIONS ELECTRIFIEES EN PROGRESSION

  • Une transition en cours chez les constructeurs

Avec une demande en baisse pour des motorisations diesel, les constructeurs européens doivent s’adapter rapidement au changement de comportement de leur clientèle. Des constructeurs tels que Toyota, leader dans la production de moteurs hybrides, ne proposent plus sur le marché européen de véhicules diesel dans leur gamme, en dehors d’utilitaires et d’un modèle de SUV.

Chez les constructeurs français, pionniers dans la technologie diesel, ce type de carburant tend également à se raréfier notamment pour faire face aux contraintes imposées par l’Europe en matière de limitation de rejets de CO2 à respecter par gamme de véhicule sous peine d’avoir de lourdes amendes à payer. Ainsi, des modèles de citadines proposés en diesel il y a quelques années encore sont aujourd’hui quasi exclusivement proposés en essence, avec quelques modèles seulement également disponibles en hybride ou électrique.

La dépendance au diesel se ressent toutefois davantage chez certains constructeurs, à l’image de Land Rover. Producteur de SUV exclusivement, le diesel a représenté 94% des ventes du constructeur en 2017. JEEP fait également face à la même problématique, avec 80% de ses véhicules vendu en diesel la même année.

L’attrait connu pour les SUV ces dernières années continue cependant à donner de l’intérêt au diesel pour de nombreux clients. Hauts sur pattes avec un aérodynamisme moins prononcé et un poids plus important qu’une berline classique, les SUV dont la part de marché avoisine aujourd’hui les 40% en Europe entraînent une consommation de carburant plus élevée.

S’il est aujourd’hui fortement remis en question, le choix d’une motorisation diesel reste aujourd’hui pertinent dans le cas de véhicules amenés à faire régulièrement de longues distances. Ce type de moteur est cepandant à écarter pour des véhicules destinés à circuler principalement en ville, où le trafic est dense et où une motorisation rejettant davantage de particules fines qu’un moteur équivalent essence n’a pas sa place, fait appuyé par la disparition de citadines diesel de la gamme des constructeurs.

  • Des rejets de CO2 en hausse poussant les constructeurs à se tourner vers l’électrification

Afin de lutter contre le réchauffement climatique, les Etats Européens se sont accordés sur la réduction de 60% des émissions causées par les transports à l’horizon 2050 en se fixant sur les niveaux d’émissions relevés en 1990. Près de 30% des émissions de CO2 en Europe sont issues des transports, dont 72% proviennent du transport routier. Concernant l’automobile, un accord pour que les rejets de CO2 émis par les voitures neuves soient réduits de plus d’un tiers d’ici 2030 a été passé. Un objectif intermédiaire a également été fixé à 15% de baisse de rejets de CO2 d’ici 2025.

Les mesures mises en place par l’Europe contraignent le secteur automobile à s’adapter très rapidement à des objectifs ambitieux. Afin de diminuer de façon significative les rejets de CO2 de leur gamme de véhicules, les constructeurs se voient dans l’obligation d’investir massivement dans l’électrification de leurs moteurs. Cela passe par l’hybridation légère de moteurs thermiques, qu’ils soient diesel ou essence, par le développement de modèles hybrides, hybrides rechargeables ou encore électriques.

Certains constructeurs à l’image de Toyota travaillent également sur le développement et la commercialisation de véhicules à hydrogène, tels que la Toyota Miraï, mais la majorité d’entre eux se concentrent sur le développement de véhicules électriques.

La transition massive vers des modèles totalement électriques commence à être visible chez les constructeurs. De nouveaux modèles tels que la Peugeot e-208, alternative électrique de la nouvelle 208 présentée récemment et concurrente de la Renault Zoé, ou encore l’I.D.3, lancée à Francfort et première voiture de la gamme totalement électrique I.D. de Volkswagen arrivent sur le marché.

Pour pouvoir réduire considérablement leurs émissions de CO2, les contructeurs devront écouler des volumes importants de véhicules électriques et hybrides, et donc parvenir à convaincre les acheteurs potentiels de changer leurs habitudes d’achat. A partir de 2021, les marques présentes sur le marché européen devront respecter une moyenne de 95g/km de CO2 rejetée par l’ensemble des voitures de leur catalogue.

Ainsi, pour répondre à ces objectifs, PSA mise sur 15% de ventes de sa citadine 208 en variante électrique au début de sa commercialisation lancée fin 2019. Le mix sera ajusté par Peugeot en fonction de l’évolution de la demande. La restructuration de l’offre de véhicules proposée par le groupe français témoigne du boulversement auquel l’ensemble de l’industrie doit faire face concernant les enjeux climatiques actuels. Tout en continuant de proposer des véhicules thermiques, PSA s’est engagé pour porposer une gamme 100% électrifiée en 2025. Chaque nouveau modèle bénéficiera alors d’une variante hybride ou entièrement électrique.

La diversification de l’offre d’un constructeur présentée dans l’exemple précédent montre la nécessité actuelle de répondre à divers usages et de s’adapter aux besoins des clients, et ce à l’échelle mondiale.

 

VERS UNE FIN PROGRAMMÉE DU DIESEL EN EUROPE

  • 2040 ou la fin de la commercialisation des motorisations thermiques

Si le diesel conserve à l’heure actuelle une part de marché importante en Europe, celle-ci continuera à décroître au fil des années afin de respecter les mesures adoptées en matière de baisse des rejets de C02. Pour cela, la démarche Européenne consiste à orienter les automobilistes vers des types de véhicules émettant moins de CO2 que ce qui peut être permis par des véhicules à moteur thermique, qu’ils soient essence ou diesel.

Défavorisé par les décisions prises par plusieurs métropoles européennes telles que Paris, Londres ou Amsterdam visant à interdire la circulation de véhicules diesel en ville dès 2024, l’avenir du diesel est aujourd’hui fortement menacé par les décisions prises par les Etats membres de l’Union Européenne au sujet des véhicules à moteur thermique. Ces décisions concernent aussi bien les moteurs diesel que les essence ou encore les moteurs hybride.

Parmi ces Etats, la France figure en bonne place avec la mise en place de la loi d’orientation des mobilités prévoyant une fin de commercialisation des véhicules carburant à l’énergie fossile à l’horizon de 2040. Seul les moteurs thermiques fonctionnant à l’éthanol pourront continuer à être vendus en neuf. Aux Pays-Bas, un accord de coalition signé en 2017 prévoit que tous les véhicules neufs vendus à compter de 2030 soient « zéro émission ».

Si le marché européen des véhicules neufs se dirige vers un arrêt de vente de diesels, l’interdiction totale de circulation de ce type de motorisation ne concernera à priori sur le long terme que les grandes agglomérations. Les populations vivant en zone rurale pourront donc continuer à utiliser leur véhicule s’il fonctionne au gasoil. Ce carburant continuera donc d’être présent sur les marchés français et européens pendant de longues années. Le ternissement d’image dont sont victimes les voitures diesel depuis plusieurs années maintenant a permis de faire diminuer leur cote sur le marché de l’occasion. Acheter une voiture diesel pour un gros rouleur est aujourd’hui plus intéressant qu’il y a 5 ans, avec des véhicules essence qui, eux, voient leur cote grimper.

Par ailleurs, les diesels répondant aux normes Euro 6b et 6c rejettent bien moins de NOx que ceux répondant à des normes plus anciennes grâce à l’ajout de l’AdBlue, additif permettant de transformer 85% des polluants produits par un diesel en azote et en vapeur d’eau. L’achat d’un diesel d’occasion récent émettant moins de C02 qu’un moteur essence contemporain reste aujourd’hui pertinent pour les années à venir pour des personnes réalisant régulièrement de longs trajets et vivant en dehors de grandes agglomérations.

 

Afin de répondre au mieux aux nouvelles tendances du secteur, nos clients grands comptes acteurs dans le monde Automobile tels que Renault ou PSA doivent se transformer, et cela passe la digitalisation, la refonte de processus métiers mais aussi la mise en place de nouveaux outils. 

Beijaflore comme toujours, accompagnera ses clients dans cette démarche, à travers des missions orientées pilotage de projets, des rôles de Product Owner sur la mise en place d’applications Web/Mobile, mais aussi en intervenant sur des problématiques liées au change management ou au CRM.